By Aldo Soares

gelatinium

In Vivo Veritas

GelatiniumI spend part of my time and my production on this organic project since many years. I test the negatives’ reactions "in vivo" in order to extract from it, its soul and evolution; I mature them like a good wine. Those presented here are at least 20 years old. It is a vintage millésime, a work of nature and without any trace of digital intervention, a living proof of the vitality of photography, which will continue to evolve...
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La revanche contre l'oubli
Comme le dessin et la peinture, la photographie proteste contre l’effacement de la mémoire. En fidèle témoin du temps qui passe, elle fige avec précision des situations, des émotions ou des personnes, elle cadre des bouts de monde comme si elle pouvait gagner l’éternité en nourrissant des archives et des albums familiaux. Lorsqu’on parle d’une photo argentique, sur un support physique donc, on n'attend pas d’elle qu’elle ait une vie propre, qu’elle désobéisse à ce qu’on attend d’elle, figer le temps. Pourtant, si on la laisse faire, si on ne la “fixe” pas, elle prend ses droits et s’invente une alchimie inattendue.

C’est ce que j’ai découvert il y a de nombreuses années à la faveur d’un hasardeux accident, et qui me passionne depuis. En oubliant par accident un négatif de Polaroïd noir et blanc (PN55) dans un sous-sol humide, un portrait de Pierre Yameogo réalisé pour le journal Libération. Ce négatif était destiné à l’oubli définitif car il figurait à peine parmi les non choix, le portrait était raté. La chimie gélatineuse servant au développement avait été laissée à la surface sans bénéficier de son traitement de base, un lavage énergique à l’eau claire. Quelques semaines plus tard je découvre ce négatif oublié en pleine mutation organique, couvert de champignons psychédéliques qui s’élevaient comme une chevelure en brosse, des couleurs rouges et bleues se révélant fièrement à la surface de cette étonnante moisissure. C’était très beau et déroutant. Je l’ai protégé, observant régulièrement les forces de transformation à l’oeuvre. La chevelure en brosse s’est effondrée, laissant place à une moisissure multicolore suspecte sur toute la surface du négatif. 

 Quand, bien plus tard, je l’ai repassé sous l’agrandisseur, j’ai vécu dans mon labo les frissons du chaos et de la beauté, réunis dans un parfait équilibre. Les dégradations étaient organisées, harmonieuses, comme des fractales à travers l’image encore visible. Il y avait des géométries anarchiques qui se regroupaient entre elles, par familles, les rondes avec les rondes les poussières avec les poussières. Le portrait raté, dans une étonnante résilience, avait pris sa revanche sur l’oubli, offrant un spectacle fascinant dans la lumière rouge du labo. Depuis ce jour, je consacre une partie de mon temps et de ma production à ce projet organique, je teste les réactions des négatifs « in vivo » pour en extraire l’âme et le vécu, je les mature comme un bon vin. Je les enterre dans des boites étanches, je les dégrade dans des caves humides, puis je les fais longuement sécher afin qu’ils stabilisent un peu leur mutation. Puis enfin je les numérise en très haute définition pour en révéler l’image positive avant qu’elle ne disparaisse, rongée par la chimie mutante. 

 Ceux que je présente aujourd’hui ont au moins 20 ans, c’est un millésime brut, travaillé par la nature, sans aucune trace d’intervention numérique, une preuve vivante de la vitalité de la photographie, qui va continuer à évoluer jusqu’à son effacement complet. Gelatinium est une photographie de l'instant transitoire, une chrysalide vers l'inconnu, une veine qui trouve seule son chemin vers sa maturité, fruit du temps parcouru contre l'oubli.

1996 - 2009
2002 - 2018

Revenge against forgetting
Like in drawing and painting, photography protests against the vanishing memory. As a faithful witness to time that passes by, it accurately freezes situations, emotions or people. It frames bits of people as if it could win eternity by feeding archives and family albums. When we talk about film photography, a physical ou tangible medium, we do not expect it to have a life of its own, to disobey what is expected of, to freeze time. However, if we let it go, if we do not "fix" it, it takes its rights and invents an unexpected alchemy. 

This is what I discovered many years ago in favor of a hazardous accident, and I have been passionate since. I accidentally forgot a black and white Polaroïd negative (PN55) in a humid basement, a portrait of Pierre Yameogo made for the newspaper Libération. This negative was destined for a final oblivion, it was hardly among the no choice, the portrait was of no use for me. The gelatinous chemistry necessary for the development, had been left on the surface without benefiting from its basic treatment, an energetic washing with clear water. A few weeks later I discovered this forgotten negative in full organic mutation, covered with psychedelic mushrooms that rose like hair, red and blue colors revealing themselves proudly on the surface of this amazing mold. 

It was very beautiful and confusing. I protected it, regularly observing the transformational forces at work. The « hair » fell off, giving way to a suspicious multicoloured mold all over the surface of the negative. When much later, I put it under the enlarger, I felt sensations of chaotic shivers and beauty, brought together in perfect balance. The degradations were organized, harmonious, like fractals through the still visible image. There were anarchic geometries that were grouped together, by families, rounds with rounds dust with dust. The failed portrait, in a surprising resilience, had taken revenge on oblivion, offering a fascinating show under the lab’s red light. Since that day, I devote part of my time and my production to this organic project. I test the various reactions of the negatives "in vivo" to extract the soul and the living experience, as a matured good wine. I bury them in waterproof boxes, I degrade them in humid cellars, then I let them dry for a long time so that their mutation stabilises a little. Then finally I scan them in a very high definition to reveal the positive image before it disappears, gnawed by mutant chemistry. 

 The ones I present today are at least 20 years old, it is a raw vintage, worked by nature, without any trace of digital intervention, a living proof of the vitality of photography, which will continue to evolve until its complete disappearance ...